Lorsque par exemple survient une réaction de colère ou de haine, de passion ou de peur, on essaiera d’occulter le problème à l’aide de drogues ou d’alcool. Le soulagement que cela procure n’est pourtant que temporaire et superficiel. Pire encore est la dépendance que nous pouvons développer à leur égard, tandis que nous formons une autre habitude, source de souffrance.

Nous pouvons essayer de distraire notre esprit du problème de différentes façons; pourtant, quand bien même nous parviendrions à nous absorber totalement dans quelque chose d’autre pendant un certain temps, l’habitude de réagir demeurerait sous-jacente.

Nous essayons ordinairement d’infléchir le cours des événements à notre avantage, et ainsi nous protéger des situations déplaisantes. Nous recherchons le pouvoir, le statut social, l’argent ou bien peut-être le plaisir des sens. Nous déployons des efforts immenses pour parvenir à satisfaire nos désirs, et pourtant, même lorsque nous y parvenons, il y a toujours des choses qui ne vont pas dans le sens que nous souhaitons. Nous devons toujours faire face à des situations déplaisantes, et notre esprit n’y est toujours pas préparé : nous réagissons, et donc œuvrons à notre propre malheur.

De toute évidence donc, même en contrôlant au mieux le monde extérieur ou en prenant toutes les précautions, nous ne pouvons résoudre tous nos problèmes. Nous ne pouvons trouver une réelle sécu­rité qu’à l’intérieur de nous-mêmes, en élaborant un état mental où nous ne sommes pas dépendants des circonstances extérieures et où celles-ci ne constituent pas une menace.

Comment parvenir à une telle situation ? Comment briser cette profonde et tenace habitude de toujours réagir ?

D’abord, nous devons comprendre où se situe la racine profonde du problème, c’est-à-dire comment se crée l’habitude. Pour y parvenir nous devons nous comprendre nous-mêmes, comment nous fonction­nons, comment et

pourquoi nous réagissons.

Dans le passé, certaines personnes parvinrent à comprendre le problème en étudiant méticuleusement ce qui se passait en elles-mêmes. Elles comprirent que chaque fois qu’une réaction survient dans l’esprit, deux phénomènes commencent à apparaître au niveau physique. D’abord la respiration perd son rythme normal, s’intensifie et s’accélère. Ce changement superficiel est facile à constater. En même temps, un changement plus subtil survient sous forme de sensation sur le corps, en relation avec la réaction mentale. De ces deux façons, l’esprit et la matière sont reliés entre eux.

Ces explorateurs de la vérité intérieure essayèrent alors d’observer la respiration et les sensations objectivement, et ainsi découvrirent qu’en procédant de cette façon on reconnaît et fait face à toute réaction mentale, sans répéter celle-ci, ni l’intensifier. La réaction perd alors de sa force et tout naturellement disparaît. Bien plus, l’habitude de réagir, construite au fil de très longues périodes, est progressivement réduite en pratiquant l’attention détachée, le simple regard intérieur.

Au fur et à mesure de la disparition des anciens conditionnements men­taux se faisait jour une expérience au-delà de l’esprit et de la matière, un état inconditionné échappant à toute description, une paix dépassant les mots. La tension due aux réactions avait disparu. Seuls restaient la joie par sympathie envers les autres, la compassion, l’amour bienveil­lant et un équilibre intérieur inébranlable. On dit de ces personnes, qu’elles aient vécu dans le passé ou qu’elles vivent de nos jours, qu’elles sont libérées, dans le sens où aucune situation extérieure ne peut les amener à réagir, ne peut troubler d’aucune façon leur sentiment de sécurité intérieure et leur bonheur.

Le procédé d’observation de soi-même qu’ils ont découvert s’appelle Vipassana. En pali, la langue de l’Inde antique, ce mot signifie litté­ralement « voir les choses telles qu’elles sont réellement ». Il y a vingt­ cinq siècles, le Bouddha Gautama redécouvrit Vipassana, en fit usage pour se libérer lui-même, puis se mit à l’enseigner aux autres afin qu’eux aussi puissent se libérer de toute souffrance.

Vipassana est une simple technique d’observation de la réalité telle qu’elle survient naturellement. Cela n’a rien à voir avec aucune secte ou religion et ne comporte aucun rituel ni acte de foi sans discrimination. On apprend à ne dépendre que de soi-même et cela ne comporte aucune soumission à un gourou. L’accent est mis sur l’accomplissement d’un esprit équilibré, équanime, avec lequel on pourra vivre une vie heureuse et utile. Vipassana n’entraîne pas la passivité, mais remplace plutôt la réaction aveugle par l’action positive et efficace issue d’un esprit calme et équilibré.