Une équipe de neuroscientifiques a réalisé une étude, publiée dans la revue Psychosomatic Medicine, prouvant que pratique de la méditation et réduction de la sensibilité à la douleur sont liées.

Joshua Grant, un des premiers chercheurs en la matière, nous en explique l'intérêt. « Des études antérieures ont permis de démontrer que les patients souffrant de douleurs chroniques pouvaient bénéficier de la pratique de la méditation, mais peu de chercheurs ont étudié la résistance à la douleur chez des sujets en santé bien entraînés à cette pratique. Cette étude constitue un premier pas qui nous permettra de déterminer comment et pourquoi la méditation peut influencer la perception de la douleur ».

L'expérience a été réalisé sur un échantillon composé de 13 personnes pratiquant régulièrement la méditation (soit avec plus de 1000 heures d'expérience) et de 13 personnes ne la pratiquant pas, dont 10 femmes et 16 hommes âgées de 22 à 56 ans.

Le test de tolérance consistait à placer des plaques de chaleur par intermittence sur les mollets des participants en augmentant progressivement la température, en commençant de 43° jusqu'à 53° Celsius, degré maximum supportable avant une brûlure. Les résultats ont été sans appel : les individus non méditatifs ont résisté à une température de 48°, tandis que la plupart des méditatifs ont résisté jusqu'à 50 ° en trouvant la sensation déplaisante et que certains d'entre eux n'ont pas ressenti de douleurs jusqu'à 53°.

Pierre Rainville et son équipe ont réussi à expliquer les différences de comportement face à la douleur grâce à l'imagerie par résonance magnétique. En effet, les scientifiques ont pu observé que l'épaisseur des fibres nerveuses dans les zones relatives aux émotions et à la douleur (dont le cortex cingulaire antérieur) est plus importante chez les adeptes de la méditation.

Comment cela est-il possible ? Selon Joshua Grant, "le fait de se concentrer longtemps, à répétition, changerait la structure du cerveau".

Mais la respiration jouerait également un rôle dans la résistance à la douleur car durant la session de test, les chercheurs ont comptabilisé 12 respirations à la minute pour les initiés contre 15 pour les autres. En clair, cela représenterait une diminution de 18% de la douleur.

Quelles sont les conclusions médicales à en tirer ?

Toujours selon Joshua Grant, « si la méditation peut modifier la réaction à la douleur chez une personne et par conséquent lui permet de diminuer la prise d'analgésique nécessaire pour soulager ses maux, ce serait un grand pas en avant ».

Et d'ajouter que la méditation pourrait réduire le processus de vieillissement du cerveau en augmentant le nombre de connexions entre les neurones. « C'est ce qui provoque des maladies dégénératives chez certaines personnes, comme la démence. La méditation pourrait aider à préserver les capacités cognitives plus longtemps. Certains maîtres de la méditation zen ont plus de 100 ans et sont toujours très alertes. Ce n'est probablement pas une coïncidence. »

Ne pas s'identifier à sa souffrance

Par Matthieu Ricard

Ce qui nous accable, c'est tout un enchaînement de sensations et de pensées qui nous conduit à sélectionner un aspect donné de la réalité et à le laisser occuper tout le champ de nos préoccupations, ce qui a pour effet de lui conférer une importance démesurée.

Pour remédier à cela il faut d'abord parvenir à mieux appréhender ce qui, en nous, n'est pas affecté par la souffrance. Au fond de nous-mêmes, derrière la sensation de douleur, il y a toujours une présence éveillée qui demeure, simple et paisible. Cette présence éveillée n'est pas une entité mystérieuse : c'est la nature première de notre esprit, la qualité fondamentale de la conscience qui nous permet de faire l'expérience du monde et de nous-mêmes. Si nous portons notre attention vers elle et nous reposons en elle, elle agit comme un baume sur nos tourments.  Le résultat est un regain de paix intérieure.

Confronté à de puissantes émotions et sensations, notre esprit se trouve si souvent comme privé de son libre arbitre. Seule une réflexion profonde sur les mécanismes du bonheur et de la souffrance, une nouvelle vision des choses, une meilleure compréhension de la manière donc fonctionne notre esprit, combinées à un entraînement méthodique de l'esprit peuvent progressivement nous aider à le libérer.

Les événements et le comportement des autres échappent dans une large mesure à notre contrôle, mais nous pouvons toujours agir sur la manière dont nous les percevons et dont nous en faisons l'expérience. Or en surmontant nos souffrances personnelles, il y a tant de choses constructives que nous pouvons entreprendre dans la vie, par exemple en nous mettant au service des autres.