Au cœur de l'ego - Eckhart Tolle

L'identification au "moi", ce que l'on nomme l'ego (le soi) est l'ensemble de nos pensées et conditionnements acquis depuis notre plus tendre enfance.  Enseignement d’Eckhart Tolle sur You Tube, transcription : Patrick Astorg.

1ère  Partie : Je, me, moi et l’autre – Le ressentiment – La rancune – Se plaindre – La vérité n’a pas besoin d’être défendue

La peur – La voie spirituelle, la comparaison – L’image de soi – L’exemple des animaux – Nature véritable et illusion - Accueillir et prendre conscience.

 

 

 

Je, me, moi et l’autre

Le plus souvent, quand vous dites « JE », c’est l’ego qui parle. L’ego est fait de pensées et d’émotions, d’un fatras de souvenirs auxquels chacun de nous s’identifie en tant que «MOI » et « MON » histoire.

Mais, même si le contenu de l’ego varie d’une personne à une autre, sa structure est toujours la même. Tous les egos se nourrissent d’identifications et de divisions.

Pour maintenir la pensée « JE », l’ego a besoin de la pensée opposée : l’AUTRE. L’idée de « je » ne peut survivre sans l’idée de l’autre. En bas de l’échelle de ce scénario inconscient de l’ego, on trouve l’habitude compulsive de se plaindre des autres et de leur donner tort. La récrimination est une des stratégies que l’ego préfère pour se renforcer.

Chaque doléance est une petite histoire que votre mental invente et, en laquelle vous croyez complètement. Que vous vous plaignez à voix haute ou en pensée ne fait aucune différence. L’attribution d’étiquettes aux gens, quand vous parlez d’eux à d’autres, ou quand vous pensez à eux, fait partie du même scénario. Que ce soit sous forme d’insinuations, d’insultes, de cris et de hurlements ou de violences physiques, la dévalorisation de l’autre n’a qu’un but : combler le besoin de l’ego d’avoir raison et de triompher.

 

Le ressentiment

De plus, les doléances et l’étiquetage mental s’accompagnent toujours de ressentiments. Cette émotion redonne davantage d’énergie à l’ego. Avoir du ressentiment veut dire se sentir amer, indigné, lésé ou offensé … Vous en voulez aux autres parce qu’ils sont cupides, malhonnêtes et qu’ils manquent d’intégrité. Vous leur en voulez pour ce qu’ils font, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont dit … L’ego adore cela ! Au lieu de fermer les yeux sur l’inconscience des autres, vous l’associer à leur identité !

 

Parfois, le défaut que vous percevez chez l’autre ne si trouve même pas ! Il s’agit d’une interprétation totalement erronée, d’une projection du mental conditionné à voir des « ennemis » partout … D’autres fois, le défaut est là mais en mettant l’accent sur celui-ci, vous l’amplifiez et malheureusement ce à quoi vous réagissez chez l’autre, vous le renforcez chez vous.

L’ego aime se plaindre et éprouver du ressentiment non seulement envers les autres mais également envers les situations. C’est toujours la même rengaine : Ceci ne devrait pas se produire, je ne veux pas être ici, je ne veux pas faire cela ou, on me traite injustement.

Mais il ne faut pas confondre se plaindre, avec informer quelqu’un d’une erreur ou d’un manque afin que la situation puisse être redressée. L’ego n’entre pas en compte si vous dites à un serveur que votre soupe est froide et qu’il faudrait la réchauffer, du moins si vous vous en tenez au fait toujours neutre. Par contre en disant : « comment osez-vous Me servir de la soupe froide ! » vous vous plaignez, vous faites entrer en jeu un « ME » qui aime se sentir personnellement offensé par la soupe froide et qui va tirer le maximum de la situation en donnant tort à l’autre.

Ce genre de plainte est au service de l’ego, pas du changement. Il est alors évident que l’ego ne veut pas réellement de changement afin de pouvoir continuer à se plaindre.

 

En pratique

Voyez si vous réussissez à discerner la voix dans votre tête au moment même ou elle se plaint de quelque chose, reconnaissez la pour ce qu’elle est. C'est-à-dire rien de plus qu’un schème mental conditionné, une pensée. Chaque fois que vous remarquerez cette voix, vous réaliserez également que, vous n’êtes pas la voix mais celui qui en est conscient. En fait vous êtes la conscience qui est consciente de la voix. En arrière, il y a la conscience et en avant la voix, le penseur.

De cette façon, vous commencez à vous libérer de l’ego, à vous libérer du mental. Dès l’instant ou vous devenez conscient de l’ego en vous, il n’est plus à proprement parlé l’ego, mais juste un vieux schème mental conditionné. Comme ego veut dire inconscience, conscience et ego ne peuvent coexister !

 

Il se peut que le vieux schème mental survive ou réapparaisse pendant un certain temps. Cependant, chaque fois qu’il est reconnu, il s’affaiblit. Outre le ressentiment, les récriminations peuvent aussi être accompagnées d’une émotion plus forte comme la colère ou toutes autres formes de contrariétés. La charge énergétique de la plainte étant plus forte, cette dernière se transforme en réactivité, qui est une autre façon que l’ego adopte pour se renforcer.

 

Bien des gens attendent toujours que certaines situations se présentent pour pouvoir réagir, se sentir agacés ou dérangés et il ne faut pas grand temps pour en trouver : « C’est scandaleux, disent-ils, comment oses tu ? Je déteste cela !… » Ils ont développé une tendance à la contrariété et à la colère, comme d’autres en développent une aux drogues. En réagissant à ceci ou à cela, ils affirment et renforcent le sens de leur identité.

 

La rancune

Le ressentiment qui dure s’appelle rancune. C’est une forte émotion négative reliée à un événement ayant parfois eu lieu il y a longtemps et que l’on entretient par la pensée compulsive, en se répétant l’histoire dans sa tête. Pendant que vous ressassez et sentez la rancune, l’énergie émotionnelle négative qui lui est rattachée peut déformer votre perception d’un évènement, ou influencer la façon dont vous parlez ou agissez avec une personne dans le présent. Une forte rancune arrive à contaminer de grands secteurs de votre vie et à vous maintenir sous l’emprise de l’ego.

Il faut beaucoup d’honnêteté pour reconnaître que vous abritez de la rancune et qu’il y a quelqu’un dans votre vie, à qui vous n’avez pas complètement pardonné. Si c’est le cas, soyez conscient de la rancune aussi bien sur le plan cognitif, qu’émotionnel. En d’autres mots, soyez conscients des pensées négatives que vous entretenez et sentez l’émotion que le corps génère en réponse à ces pensées.

N’essayez pas de vous débarrasser de la rancune, essayez de se débarrasser ou de pardonner, ne fonctionne pas. Le pardon se produit naturellement quand vous voyez que la rancune n’a d’autres raisons d’être que de renforcer un faux sens de soi, de maintenir l’ego, - voir, c’est se libérer.

 

Se plaindre

Quand Jésus disait : « pardonnez à vos ennemis » il enseignait essentiellement à se défaire d’une des principales structures de l’ego humain. Se plaindre, réagir et trouver les défauts des autres, constituent des stratagèmes qui renforcent le sens des limites et de la division de l’ego et qui en assure la survie.

Il renforce également l’ego en lui donnant une impression de supériorité dont il se nourrit. Lorsque vous vous plaignez, il y a le sous entendu implicite que vous avez raison et que la personne ou la situation dont vous vous plaignez a tort. Il n’y a rien qui renforce plus l’ego que le fait d’avoir raison. Avoir raison, c’est s’identifier à une position mentale, un point de vue, une opinion, un jugement. Mais bien entendu, pour que vous ayez raison, quelqu’un doit avoir tort. L’ego adore cela !... Le fait d’avoir raison vous met dans une position de supériorité morale imaginaire par rapport à la personne ou à la situation qui est jugé et que l’on trouve imparfaite. C’est ce sentiment de supériorité dont l’ego se repaît, pour se renforcer.

 

La vérité n’a pas besoin d’être défendue

Mais qu’en est-il des faits indéniables ? Par exemple, si vous dites que la lumière se déplace plus rapidement que le son et qu’une autre personne prétend que c’est le contraire qui est vrai, vous avez évidemment raison et l’autre tort. La simple observation que la foudre précède le tonnerre en est une confirmation. Donc, non seulement vous avez raison, mais vous savez que vous avez raison. L’ego joue t-il un rôle là dedans ? Peut être … mais pas nécessairement.

Si vous énoncez simplement ce que vous savez être vrai, l’ego ne joue aucun rôle, puisqu’il n’y a aucune identification à une position mentale. Mais, une telle identification peut facilement intervenir. Si vous vous surprenez à dire : « Croyez-Moi, je le sais » ou « Pourquoi ne Me crois tu jamais ? ». Dites vous que l’ego a déjà fait son entrée en scène.  Il s’est caché derrière le petit mot « Moi » ou « Me ». JE s’est senti diminué ou offensé parce que quelqu’un n’a pas cru ce que JE a dit. Pensez-vous que vous défendez la vérité ? Non … Car la vérité n’a pas besoin d’être défendue. C’est vous que vous défendez !  Ou plutôt l’illusion de vous-même, le substitut créé par le mental. Il serait encore plus précis de dire que c’est l’illusion qui se défend elle-même.

Reconnaissez l’égo pour ce qu’il est : un dysfonctionnement collectif, la folie de l’esprit humain. Lorsque vous le voyez pour ce qu’il est, il est plus facile de ne pas réagir. Vous ne prenez plus les choses personnellement, il n’y a plus récriminations, reproches, accusations, torts, personne n’a tort, c’est l’ego, c’est tout !

 

La compassion nait quand vous reconnaissez que tout le monde souffre de la même maladie mentale, certains davantage que d’autres. Alors, vous n’alimentez plus le drame qui est propre à toutes relations fondées sur l’ego.

 

La peur

La célèbre chanson des Rolling Stones devenue maintenant un classique : « I Can’t Get No Satisfaction » est la chanson de l’ego par excellence. L’émotion sous jacente, qui gouverne l’activité de l’ego est la peur. La peur de n’être personne, la peur de ne pas exister, la peur de mourir … Toutes les activités de l’ego cherchent au bout du compte à éliminer cette peur. Mais tout ce que l’ego réussit à faire c’est à la masquer temporairement avec une relation intime, une nouvelle possession ou une victoire. L’illusion ne vous satisfera jamais ! Seule la vérité de ce que vous êtes, quand elle sera réalisée vous libérera.

 

La voie spirituelle, la comparaison

D’une certaine façon, tous les enseignements sont des panneaux indicateurs. La voie spirituelle peut comporter des pièges, vous vous identifiez à une forme particulière dans laquelle se présente un enseignement et vous dites : « D’accord, je suis bouddhiste » et l’autre dit : «  Et bien, je suis soufi » et l’autre encore dit : « et bien je suis bouddhiste zen et vous êtes de tendance theravada, en réalité le zen est supérieur ».

Ces identifications peuvent constituer des obstacles. L’ego peut s’insinuer à tout moment sur la voie spirituelle. L’ego veut dire qu’une nouvelle image de qui vous êtes s’est reformée dans votre mental. C’est un phénomène très subtil, que l’on peut observer en soi qui s’appelle : la comparaison. L’ego, aime à se comparer, la comparaison est un stratagème de l’ego. Alors l’ego se compare subtilement à d’autres et chaque fois, l’ego a un sentiment d’infériorité ou de supériorité. Il se manifeste contre d’autres. Je ne suis peut être pas aussi bien que cette personne, ou aussi savant, ou aussi spirituel que tel autre. Voilà l’ego !... Ou lorsque que l’on se dit « je suis plus spirituel que cette personne, je pratique depuis plus longtemps » ou « ma tradition est meilleure que celle de cette personne ». Alors c’est l’ego supérieur qui intervient. L’ego s’adonne à ce jeu même pour avoir une image de vous-même en tant qu’être spirituel.

Le fait d’essayer de vivre suivant une image mentale, d’essayer d’être spirituel, de se considérer comme un être spirituel est un autre piège de l’ego. Alors on devient plus inconscient à certains égards.

 

L’image de soi

​Malgré votre pratique de la méditation, si vous avez de vous-même l’image d’un être spirituel, vous devez nier beaucoup de choses qui surviennent en vous. Si vous les regardiez ouvertement elles vous diraient : « Oh non, tu n’es pas si spirituel ! ». Vous devez les repousser. S’il survient de la colère par exemple et que cela ne convient plus à l’image de vous-même, vous la repoussez. Alors, elle continue d’accumuler de l’énergie, comme dans une bouilloire. C’est une bouilloire sur laquelle vous avez mis le couvercle et la vapeur s’accumule et alors soudain, vous éclatez, vous êtes déprimés.

 

Dans le christianisme, on a souvent tenté de vivre selon l’image que l’on se fait d’un bon chrétien. On fait beaucoup d’efforts, et dans ce cas tout ce qui ne convient pas à cette image doit-être repoussé. Mais l’on ne peut pas la repousser à jamais. A un certain point la conscience émerge à nouveau et vous noie dans la rage, l’anxiété, la dépression, les sautes d’humeurs. Une humeur sombre surgit soudain. Aussi, la présence consiste à vivre libéré d’images de soi car elles viennent du mental. Elles proviennent d’un conditionnement.

Vivez libéré d’une image qui vous dit qui vous êtes, car vous n’en avez pas besoin.

 

L’exemple des animaux

Apprenez par l’observation des animaux, ces derniers n’ont pas d’images de soi, ils sont naturels, spontanés. La vie se déroule à travers eux. Bien sûr ils ont leurs limites dans cette forme particulière. Et pourtant ils sont plus profondément reliés à la source, que les humains dans leur état normal. C’est pourquoi, il est si utile d’observer un animal. Il ne vit pas selon son image de soi, il est lui-même, c’est son état naturel. Et c’est à cela que nous retournons.

 

Nature véritable et illusion

En Inde, on utilise parfois cette expression : « L’état naturel que les humains ont perdu il y a longtemps, c’est merveilleux d’y retourner ». Alors, observez tout simplement lorsqu’une nouvelle image de soi se forme, qu’une vieille image de soi revient. Prenez conscience des comparaisons, de la comparaison en tant que stratagème de l’ego. Subtilement, on se trouve mieux ou pas aussi bien qu’un autre. Voilà l’ego : Mieux mais pas aussi bien !

 

Être sur la défensive est un autre indice que vous vivez selon l’image que vous avez de vous-même. Vous êtes sur la défensive et lorsque quelqu’un met en question vos croyances ou ce que vous avez affirmé, doute de telle ou telle chose que vous associez à l’image que vous avez de vous-même. Vous êtes toujours en train de défendre l’image. Votre nature véritable, n’a pas besoin d’être défendue. Votre nature véritable est si forte qu’elle ne peut subir d’attaques. Elle dépasse tout ce qui pourrait être jugé ou attaqué.

Lorsque vous observez, vous n’êtes plus pris au piège de ce mouvement inconscient. L’inconditionné surgit lorsque vous observez qu’une image a surgit dans votre mental et que vous vous y êtes identifié, vous en prenez soudainement conscience. Vous observez que vous êtes sur la défensive à propos d’une position que vous avez prise. Vous vous êtes identifié à une position qui veut dire qu’une image de vous s’est formée dans votre mental, et qu’il faut la défendre. Chaque fois que vous êtes sur la défensive, sachez que vous vous êtes identifié à une illusion. Et cette conscience est extérieure à l’illusion. Dès que vous prenez conscience de votre identification à une illusion, cette conscience n’est pas l’illusion. Vous avez reconnu l’illusion et dans cette conscience vous en êtes libéré. Alors, plus vous découvrirez d’illusions semblables en vous, mieux ce sera, car chaque fois que vous découvrez un vieux schéma mental, une image de vous-même, une réaction défensive, de la cupidité, de l’attachement. Dès que vous devenez conscients des schémas, la conscience ou la connaissance n’en fait pas partie. Plus vous découvrez ce qui est inconscient en vous, mieux c’est ! Cela ne veut pas dire que vous avez échoué, cela agit par la découverte, de la reconnaissance. Reconnaître qu’une illusion est une illusion n’est pas une illusion.

Vous l’avez reconnue … La reconnaissance ne fait pas partie du mental conditionné, la reconnaissance c’est l’inconditionné, elle voit, elle se contente de voir.

C’est merveilleux, vous pouvez accueillir tout ce qui monte en vous. Vous n’avez pas à nier quoi que ce soit. Vous n’avez pas à nier ce que vous devriez nier si vous viviez selon une image de vous-même. Car tout ce qui ne conviendrait pas à cette image, serait nié.

 

Accueillir et prendre conscience

Vous accueillez tout ce qui monte : les schémas émotionnels, les schémas mentaux et ensuite vous les reconnaissez à mesure qu’ils surviennent.

Le fait d’accueillir implique une conscience et celle-ci ne fait pas partie du mental conditionné. Quand je dis : « Laissez monter » cela implique une présence qui observe le schéma à mesure qu’il se déroule. Soit dans votre tête ou à l’extérieur en tant que schéma de comportement. Lorsque vous parlez à quelqu’un, contentez vous d’observer …

Plus vous voyez, plus la conscience grandit. Plus vous découvrez des schémas inconscients en vous-même, plus la conscience grandit. Alors, il ne vous vient plus à l’esprit de dire : « Oh, je ne devrais pas me sentir ainsi, je ne devrais pas avoir cette pensée et je ne devrais pas … » Cela n’arrive plus !

Télécharger au format Word